Définition de L'Anthroposophie

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L'Anthroposophie
(définition extraite du Dictionnaire universel des noms propres "Le Robert", Paris)


Anthroposophie : doctrine élaborée par Rudolf Steiner. Comme la pensée de Goethe qui l'influença de façon décisive, celle de Rudolf Steiner veut être "un chemin de connaissance qui tente de conduire du spirituel dans l'homme au spirituel dans l'univers". Ainsi dépassant le caractère exclusivement technique, matérialiste et destructeur de la science contemporaine qui, depuis Kant, se refuse l'accès à la connaissance de l'être même du réel, l'anthroposophie propose une compréhension de la nature humaine capable de lui rendre sa véritable place au sein du cosmos, "d'élargir et d'approfondir notre sens de l'action sociale, pédagogique et médicale."

Pour plus de renseignements contactez : Société Anthroposophique, 4 rue de la Grande Chaumière, 75006 Paris, téléphone : 01.43.26.09.94, fax : 01.43.25.26.21 .

 

 

Bio-dynamie et anthroposophie

Cet article reprend le contenu du rapport moral du président du Mouvement de Culture Bio-Dynamique, Pierre Dagallier, lors de la dernière assemblée générale du Mouvement de Culture Biodynamique, le 3 avril 2005, à Barané (Ariège).
Lorsqu’on parle de bio-dynamie avec des personnes désireuses de la découvrir, on peut se demander comment aborder le lien de la bio-dynamie avec l’anthroposophie, les références à Rudolf Steiner et à tout ce courant de pensée.
Comment  dire nos références sans les imposer, les proposer simplement de manière entendable par qui voudra bien les chercher, de façon complètement libre et individuelle ?
Il ne s’agit sans doute pas de répondre une fois pour toutes à des situations très diverses, pour lesquelles rien ne remplace le tact social, le senti de relations humaines toujours uniques.
 

La naissance de l’anthroposophie

Si l’anthroposophie est venue au jour c’est parce que des processus étaient en marche, et qu’étaient réunies des conditions rendant ce courant de pensée possible.
Je voudrais en évoquer trois :
- d’abord, le fait que grâce à des scientifiques comme Darwin et Haeckel, on est capable de penser que l’homme, les êtres vivants, la terre, sont le résultat d’un processus évolutif. La terre n’était pas pareille hier, et l’homme y a suivi un parcours, qui n’est pas terminé.
- Ensuite, l’homme s’est approprié la capacité de penser : en particulier depuis la fin du Moyen-âge, la pensée peut analyser avec beaucoup d’intelligence le monde qui nous entoure, et elle ne s’en prive pas !
- Enfin, les gens se ressentent, plus que jamais, comme des individus. Ils prennent de plus en plus leur autonomie par rapport à leurs groupes d’appartenance (villages, pays, familles, etc.) pour vivre leur propres projets.

 

Évolution et individualisation

Ces trois avancées de l’homme ont cependant une résonance complètement différente dans l’âme selon qu’on se place du point de vue des éclairages de la "science de l’esprit", ou de la pensée dominante actuelle.
Pour celle-ci, l’évolution est le signe de l’origine animale de l’homme, et elle recherche toujours le fameux chaînon manquant. L’homme est l’aboutissement – provisoire - de la complexification d’une matière, qui fait apparaître des propriétés émergentes : la vie, les sensations, la pensée… L’homme est le produit du hasard.
Pour la pensée anthroposophique, l’homme est central dans l’évolution, et les objets et êtres du monde qui nous entoure sont en quelque sorte des parties de nous-mêmes qui ont été "cristallisées" au cours du temps pour que l’homme puisse asseoir son propre parcours.
La terre est notre proche parente.
Pour la pensée contemporaine, la capacité d’analyse est le moteur ; c’est cette qualité qui permet d’avancer avec pragmatisme, efficacité dans le monde de la matière, voire plus loin avec les actuelles nanotechnologies. Les sujets d’étude sont séparés en éléments simples, sont décortiqués pour une compréhension logique de causes et d’effets.
Pour le courant anthroposophique, la pensée ne sert pas à comprendre les choses, elle est là comme "éducatrice", comme instructrice pour appréhender la réalité. La véritable compréhension se fait avec l’âme.
L’individualisation de l’homme prend dans notre monde la tournure d’un égoïsme exacerbé, d’un intérêt pour soi-même. On cultive la réussite personnelle, le besoin de sortir du lot avec succès, et pourtant dans le même temps des pratiques éducatives nivellent les esprits, et la télévision rugissante  happe les facultés personnelles du jugement autonome.
L’émergence de l’individu pour la conception anthroposophique, c’est un processus de développement spirituel où l’homme se prend en charge, en conscience de cette appartenance à une évolution "cosmique", terrestre, et donc en solidarité a priori avec la communauté humaine d’une part, avec son environnement d’autre part.
On voit qu’à partir des mêmes interrogations, liées à des faits, extérieurs ou en l’homme, on tire des conclusions intellectuelles, qui engendrent des sentiments et des actes complètement opposés.
Avant de revenir sur le fait que les qualités de solidarité, de pensée vivante, et le sentiment d’appartenance à un monde humain ne sont pas évidemment l’exclusivité des anthroposophes (mais les conceptions anthroposophiques y mènent de façon "impliquante", et consciente), voyons comment ces aspects se déclinent pour l’agriculture.

 

Agriculture bio-dynamique/agriculture conventionnelle

Les conséquences pratiques pour l’agriculture sont bien sûr essentielles.
L’évolution, c’est la continuité des générations,  la notion d’élevage, de domestication, des végétaux comme des animaux. Une vue utilitaire, analytique séparera les éléments, jusqu’aux plus petits, comme les gènes, pour les recomposer en organismes génétiquement modifiés, plantes ou animaux déconnectés de leurs terroirs, assistés par des produits artificiels, mondialisés… Avec le seul souci d’en tirer le meilleur parti.
Le sentiment de parenté guidera à l’opposé, vers une sélection soucieuse de l’être des plantes ou des animaux, vers un "élevage – élévation", avec une certaine compassion. Les semences seront celles de plantes reliées à leurs terroirs, que l’on appelle aujourd’hui "semences paysannes". Une reconnaissance de réciprocité sera le fil conducteur de l’évolution agricole : je prends à mon environnement pour mon évolution, mais je lui donne aussi la possibilité d’évoluer.
La pensée agronomique analytique sépare la terre, le végétal, l’animal, en ateliers spécialisés, sans liens entre eux. Elle mène à la notion absurde et pourtant admise d’ "exploitation" agricole, où il est permis de puiser sans se préoccuper du lendemain…
A l’opposé, la bio-dynamie propose de mettre en évidence les liens, de cultiver ces liens entre animaux, végétaux, terre, et hommes. Tout agit sur tout, et nous devons créer les synergies, -la ferme est un organisme vivant – qui amènent une fertilité croissante au fil du temps.
Enfin, la conception de l’individu : l’exploitant agricole doit mener son projet dans la jungle de la  concentration des fermes (60 fermes disparaissent chaque jour en France !). Il doit tirer son épingle du jeu, fier et juché sur son tracteur, point brillant, isolé dans un désert humain. Paradoxalement cette survie héroïque est assujettie au nouvel esclavage qu’impose la politique agricole, à la négation du bon sens paysan, au dictat de l’éligibilité aux  primes diverses…

Le bio-dynamiste prend conscience de la place particulière de l’homme dans l’agriculture. Il prend sa part de responsabilité dans l’avenir de la terre. C’est une plénitude qui peut l’envahir, lorsque les contraintes, en particulier économiques, lui laissent un peu de répit…

Deux gestes bien opposés accompagnent l’agriculture selon la conception à laquelle l’agriculteur se relie. L’un sur le chemin d’une rencontre, d’une ré-union entre les règnes qui composent notre environnement, et la responsabilité de l’homme sur ce chemin. L’autre fait plus penser à une course centrifuge, qui continue la séparation des choses et des êtres, où l’homme lui-même se ressent écartelé, dans la recherche d’un sens introuvable.

 

Répondre aux aspirations humaines profondes

Finalement la bio-dynamie est une méthode agricole qui prend en compte des aspirations humaines profondes que l’anthroposophie met en lumière et cultive.
Ces aspirations ne sont pas réservées à quelques anthroposophes. Elles sont humaines tout simplement et viennent à jour çà et là, sous une forme ou une autre.  Beaucoup de personnes, qu’elles soient agriculteurs, jardiniers, consommateurs, citoyens, ont en elles ces intuitions, qui les rendent peu à l’aise dans le monde tel qu’il est actuellement conçu et guidé en conséquences de ses conceptions. Ces gens sont réceptifs à cette mise en phase entre leur ressenti profond, pas forcément clairement exprimé, et ce que la bio-dynamie apporte par sa pratique, par les liens neufs qu’elle permet d’entretenir avec les plantes, les animaux, la terre.
C’est une mise en phase avec un sentiment d’"humanité" qui peut toucher les uns ou les autres lorsqu’ils abordent la bio-dynamie.
L’anthroposophie n’est pas un passage obligé pour celui qui côtoie la biodynamie ; s’il est sincèrement touché, il sera certainement reconnaissant au courant qui lui permet de se retrouver lui-même, en phase avec ses aspirations. De là à vouloir s’approprier ce courant, c’est bien sûr une affaire intime et personnelle. C’est une démarche qui va du profond de l’être vers une aspiration à en connaître davantage.
Notre rôle et notre responsabilité en tant que diffuseur de la bio-dynamie, est de pouvoir répondre à cette aspiration, sans pour autant imposer cette connaissance nouvelle. C’est une possibilité. Vouloir imposer cela peut aboutir à une attitude dogmatique de référence redondante aux dires ou écrits de Rudolf Steiner ; mais plus insidieusement aussi émettre des jugements sur les personnes "qui ne veulent pas se lier" à l’anthroposophie… Bref, il y a mille façons de ne pas respecter la démarche d’un interlocuteur en mettant en avant la sienne propre.
Lorsque R. Steiner parlait, il disait des choses parfois tout à fait étranges. Pour un agronome d’aujourd’hui, mettre de la bouse dans une corne est bien sûr très étrange. Mais il ne voulait jamais que qui que ce soit avale cela tout cru ! Par contre, il avait certainement suffisamment de prestance pour que l’auditoire ne se détourne pas devant ses affirmations, en résistance à la remise en cause d’acquis.
Probablement qu’il avait cette capacité de provoquer chez l’auditeur  une attitude, un sentiment d’étonnement authentique. Et c’est à partir de ce sentiment nouveau que l’auditeur pouvait se mettre en route lui-même vers une acquisition de connaissance nouvelle.

Alors, certainement très modestement, nous, organismes de la bio-dynamie, et personnes ou personnalités qui les composons, devons acquérir cette capacité d’abord à nous étonner devant les données de l’agriculture bio-dynamique, et devant nos observations de jardiniers ou d’agriculteurs, ou de consommateurs ; et, lorsque nous parlons éventuellement de bio-dynamie devant des gens qui veulent en savoir plus, sachons  induire chez l’interlocuteur de l’étonnement, pour que lui-même puisse faire le lien entre les dires, les faits énoncés ou observés, et son propre monde intérieur où il éprouvera les choses en profondeur.

L’étonnement, nous l’avons vu lors des travaux de notre groupe "recherche", est la première étape vers la connaissance, vers l’acquisition de nouvelles perspectives. C’est le point de départ d’une connaissance désintellectualisée, d’une connaissance éprouvée par l’âme.

C’est aussi un point de départ sur le chemin qui relie la bio-dynamie et l’anthroposophie.

Pierre Dagallier,
Président du Mouvement de Culture Bio-Dynamique

 

 

 

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